Les mouillages pour la plaisance touristique à voile et les infrastructures d'accueil
11 participation(s), 6 échange(s)
Début des travaux :
Thème :
Plaisance
Fin des travaux :
Statut :
Ouvert
Introduction :
Les plaisanciers à voile sont en Polynésie depuis toujours. Les premiers visiteurs européens sont arrivés en voilier. Ils sont chez nous de manière durable. Cependant, depuis quelques temps, des conflits sont apparus. Ils opposent les résidents aux plaisanciers. Les uns dénoncent des dégradation de l'espace lagonaire ou simplement visuel, les autres dénoncent des décisions arbitraires de délogement. Pour le bien des uns et des autres et le développement serein de cette activité touristique, est-il possible de trouver un "gentleman agreement" ?
Ce chantier impose une discussion ouverte des parties prenantes.
Objectifs :

Les objectifs poursuivis sont multiples :

- Une première approche juridique peut éclairer sur les pouvoirs de décision et compétences de chacun parmi les diverses strates juridiques (droit international, européen, français, local - gouvernement et municipalités) ;

- Les conflits provenant souvent d'un manque de communication, une seconde approche communicationnelle peut certainement être envisagée : quel est le niveau de connaissance des plaisanciers des zones de mouillage autorisées ; Quel est leur niveau de connaissance des pratiques de la population locale dans cet espace ; quel est le niveau de connaissance des populations locales sur le fonctionnement d'un voilier, etc.

- Recenser les solutions d'accueil dans les autres destinations touristiques : existe-il une solution entre un accès à l'espace public entièrement libre ou, a contrario, entièrement privé (pratiqué à Bora-Bora) ? Recenser les infrastructures d'accueil (des données existent sur le sujet), mesurer le taux d'occupation, leur viabilité économique, identifier leurs occupants (papeetisés ou non), perception de ces équipements par la population locale, etc.

L'objectif final, qui reste à discuter, serait de faire des recommandations acceptables, profitables et durable pour toutes les parties.

6 échange(s)
Eric Pinel
jeu 08/10/2020 - 17:47

Il faut d'abord commencer par une meilleur compréhension de ce qu'est la plaisance en Polynésie, qui sont les plaisanciers, comment vivent-ils et comment fonctionnent-ils. Quel est l'impact économique de ces touristes trop souvent délaissés qui sont aujourd'hui de plus en plus nombreux au moment ou le nombre des touristes "traditionnels" a été divisé par 5.
Commençons par lire cette étude qui donne beaucoup de clés de compréhension.https://voiliers.asso.pf/wp-content/uploads/2020/08/Etude-impact-plaisance-economie.pdf

Hinerava Tai
dim 11/10/2020 - 14:15

Ia Or Na,

Je m'appelle Hinerava Tai, je suis actuellement étudiante en Licence de Management des Organisations Hôtelières et Touristiques à l'Université de Polynésie.

Je suis au courant du potentiel économique que représente les plaisanciers sur le territoire polynésien. Aillant travaillé dans le marketing touristique, je me suis rendu compte que la majorité des prestataires et autres sociétés (travaillant dans le secteur du tourisme), font de gros efforts pour attirer une clientèle étrangère en Polynésie Française. Alors que sans s'en rendre compte, il y en a déjà une de clientèle étrangère présente, les plaisanciers. La majorité des sociétés et emplois dans le secteur du tourisme ne se consacrent qu'à une clientèle qui viendrait par les airs, et nous délaissons celle qui vient par la mer. 

Toutefois, la clientèle des plaisanciers est là et sera toujours là. Mais nous n'avons pas les moyes adéquate pour les accueillir comme il se doit. Le pays devrait construire des infrastructures adaptées à leurs besoins et encourager des prestataires à leur proposer leurs services. 

Il faudrait construire une ou deux marinas bien équipées et adaptées, dans chaque archipels de la Polynésie avec :

-des systèmes de mouillages : ainsi nous éviterons que les voiliers utilisent leurs ancres (ce qui pourrait rassurer la population sur le problème de la destruction des coraux)

-des systèmes d'accueils : des marinas, des corps-morts, des bottes d'amarrages,...etc.

-des systèmes marchandes : des réparateurs de bateaux à proximité, des boutiques, des magasins avec un système de livraison le dimanche par exemple, des marchés de fruits, légumes et poissons,...etc.

-des systèmes de sécurités : un gardien de nuit, des caméras de sécurité,...etc

-des systèmes pour les sanitaires : pour vider les "cuves noirs" des bateaux, avoir accès à l'eau potable et l'électricité,...etc.

-des gestionnaires de marina formés : qui parle plusieurs langues, qui sache orienté et conseillé tant au niveau culturel, au niveau juridique et à la vente,...etc

-des systèmes juridiques : sur les lieux autorisés au mouillage, une gendarmerie maritime pour le respect des délais de séjour,...etc.

Si nous parvenons déjà à établir ces différentes structures, le pays pourra commencer à exploiter ces clients potentiels, de plus nous trouverons une nouvelle ressources à exploiter. 

Anne-mai Do chi
ven 23/10/2020 - 14:20

Ia ora na, bonjour,

Ces conflits relèvent, comme on peut le voir dans d'autres parties du monde entre plaisanciers et exploitants de la mer par ex, de la multiplication des usages sur l'espace maritime et de la notion de proximité inter-groupes.

Pour répondre sur les différents objectifs :

- une cartographie sur les réglementations existantes (code des Ports, compétences communales, Pays, Etat), à l'échelle de la Polynésie française, pourrait être établie en tahitien, français et anglais et constituer une référence d'information pour tous ; cette connaissance commune, qui manque aujourd'hui, peut constituer une base notamment en l'absence de moyens dédiés pour exercer pleinement l'autorité maritime ;

- les outils de communication pourront aider à la résolution des conflits mais ils doivent être assortis d'une compréhension et d'une implication des différents groupes d'usagers à des projets communs - on rejoint ici la notion de tourisme inclusif, qui peut s'appuyer sur, par exemple, une volonté commune de protéger la vie marine (pratiques traditionnelles, échanges d'expériences, nouvelles technologies...) ;

- les infrastructures d'accueil libres existent (ex. Anses d'Arlet en Martinique avec des corps-morts pour des centaines de voiliers) mais elles s'accompagnent, pour leur bonne acceptation, d'un fort développement d'activités économiques (tourisme, services, maintenance...) dédiées à la plaisance.

Cordialement

 

Patrick Fincker
jeu 05/11/2020 - 07:34

Ia ora na,

 

La question des infrastructures d'accueil des navires de plaisances existe dès qu'une certaine densité dépassée. Les conséquences pour l'environnement et pour les riverains ne sont pas à redévelopper, elle sont bien connues. Avoir la vue du lagon gâchée par une forêt de mats ou ne pas proposer de dispositif d'amarrage dans une baie classée "Natura 2000" sont deux parmi de si nombreux exemples.

Tous les pays ayant un bord de mer paradisiaque sont confrontés à ces difficultés. Je voudrais simplement exposer ici quelques approches que j'ai observées au cours de mes croisières:

- En méditerranée et aux Canaries: Le parti prix essentiel a été de développer une offre de ports et de marina. Souvent il s'agit d'extensions de ports très anciens. Mais la clé de leur succès est une intégration poussée  avec des services locaux, bars, restauration, commerces et, dès que la taille le justifie, service aux navigateurs. Surtout, ces services sont aussi proposés à la clientèle locale, ce qui crée un mélange de population très recherché. Souvent d'ailleurs, une partie des emplacement est occupée par des pêcheurs locaux.
Pour être complet, il faut reconnaitre que les mouillages forains exigent généralement un certaine expérience, qui en rebute certains et que les vents catabatiques ont fait décrocher plus d'une ancre. En revanche, ils sont souvent encouragés pour des arrêts en cours de journée. Le soir, le plaisir d'être au port reste un facteur d'attraction indéniable.

- Aux Antilles: Il existe de nombreux ports et marina, mais il existe aussi une offre de corps morts payants, souvent gérés par des entrepreneurs locaux. Cette solution a l'avantage de limiter la dissémination des navires et donc de limiter l'impact visuel et les atteintes à l'environnement. De plus ces entrepreneurs apportent généralement des services supplémentaires (conduite à terre, vente de produits locaux...), qui sont les bienvenus. Dans de nombreuses zones, les mouillages forains, notamment pour passer la nuit sont restreints.

- Aux Seychelles: une situation similaires à la Polynésie, sans lagons pour les iles accessibles au cours d'une semaine de croisière. En revanche une offre de marina suffisante dans l'ile principale. Le reste est essentiellement forain. Partout cependant, une offre de petits services à bord.

Le constat que je fais ici, à la lumière des expériences ailleurs est le suivant:

- Pas assez d'offre d'amarrage à quai, notamment avec un offre de services intégrés. Les Marquises sont aujourd'hui considérées comme un environnement assez difficile. Une offre d'amarrage à quai en améliorerait considérablement l'accès. Les iles sous le vent si elles étaient équipées adéquatement deviendraient une destination attractive pour des marins moins aventureux, qui veulent partager leurs vacances entre navigation et plaisirs à terre. Aux iles du vent, le manque de capacité organisée d'accueil est flagrant. Il suffit de compter le nombre de yacht au mouillage ou au corps mort pour comprendre les effets négatifs sur les populations, sur l'environnement et sur le chiffre d'affaire que ces plaisanciers pourraient apporter. Sans compter tous les locaux, qui faute d'offre de marina, hésitent à acquérir un bateau.

- Une offre de corps morts insuffisante ou inexistante, sauf à Punaauia. Dans toutes les zones de mouillage relativement demandées, notamment dans les zones protégées, une offre de corps mort payants devrait être développée. Outre l'apport financier, elle éviterait la dissémination des ancrages, souvent dangereux pour nos fragiles environnements. Bien sûr, on objectera que la pose et l'entretien des corps morts est un problème, de e la question des responsabilités. D'autres les ont résolus. Pourquoi pas nous?

- Des règles de protection de l'environnement mal connues. Il m'est arrivé de mouiller dans une zone "natura 2000" sans le savoir, pour l'apprendre une fois à terre. Pourtant, j'avais des cartes et des instructions à jour. Si l'on veut protéger nos lagons, il faut le faire savoir sur les moyens utilisés par les plaisanciers, notamment sur les cartes électroniques. Encore une fois, d'autre le font, pourquoi pas nous. Outre l'interdiction totale de mouillage, la prise obligatoire de corps morts ou les interdictions limitées (uniquement de journée, limitation à une nuit...) pourraient être communiquées.

J'ai peut-être été un peu long, mais le sujet est vaste et il peut-être ambitieux. Il est cependant important pour pouvoir accueillir des plaisancier et partager nos eaux en bonne intelligence.Il demande de l'investissement mais aussi de l'expertise. N'hésitons donc pas à rechercher l'un et l'autre là où ils se  trouvent, ce qui n'est pas forcément totalement cas au fenua.

Alain Druet
lun 23/11/2020 - 17:32

Ia ora na tout le monde 

Les trois chantiers concernant le monde de la voile face à un sentiment mitigé de la population se recoupent et ont une approche redondante. Je n'interviendrai donc que sur celui ci pour ne pas faire de répétitions. 

Pour situer le pourquoi j'ose intervenir dans ce chantier, il faut savoir que J'ai été membre permanent du PGEM de Moorea durant de nombreuses années en qualité de représentant des hôteliers et vice président de l'AS. PGEM. Ainsi je dois bien admettre que le dossiers "voiliers" et leurs  mouillages ont été bien souvent au coeur des débats avec le constat récurrent d'un manque d'adhésion de la population a ce type de visiteurs. Ce que j'ai noté comme reproches: 

  - Mouillages sauvages dans des zones de pèche ,  des zones de reproduction de coquillages, zones de frai.

  - Mouillages non écologiques

  - Mouillages trop près des habitations , trop proches des hôtels, trop proches des plages publiques

  - Pollution visuelles ( ligne du dessus) , Pollution Sonore, Manquement à la sécurité (Annexe allant trop vite), pollution matérielles ( ordures, encombrants laissés en bord de route, ou de propriétés privées ) 

  - Un sentiment d'injustice par rapport aux taxes communales payées par le résidents "Terriens"

Voila en résumé ce qui revenait régulièrement . 

Pour rétablir la confiance et l'adhésion de la population  ce type de visiteurs il me parait donc essentiel d'avoir un livret donné à l'entrée dans le territoire qui stipulerait les lieux de mouillages répertoriés et offciels , les marinas , les points de ravitaillements en carburant et eau ( pas nécessairement en marina ), les zones marchés, les points déchets.

Aussi une petite redevance "communale" exigible permettrait de couvrir les frais de ramassage des ordures et d'entretien des zones d'accostage. et qui sait envisager sans que cela soit une vraie marina la mise en place de points d'accueil voiliers, offrant douches ,machine a laver le linge, l'amarrage des annexes. 

Donc si j'avais une suggestion a donner , outre l'agencement de marinas certainement nécessaire , je me demande si des points d'accueils voiliers a proximité des zones d'ancrages bien délimité ne serait pas plus facile a mettre en place que de lourde marina. 

Autre point : je viens de lire l'étude d'impact avec le lien proposé par Eric Pinel et si dans l'ensemble cela est très informatif et intéressant j'avoue que je suis très très étonné par les sommes avancées comme dépenses mensuelles (+ de 400 000 xpf)  car au cours de ces années j'ai le sentiment  que les voileux aux petits boulots" sur place pour renflouer la caisse de bord  est la prédominante sur Moorea.  De 1982 à 1988 j'étais à la direction d'un hôtel au fond de la baie de Cook et je ne compte plus les rouleaux de papier toilette disparus des commodités de l'hôtel, , les serviettes des douches et le nombre de sac poubelle abandonnés sur le petit quai de l'hôtel . Sans parler des bateaux épaves que nous avons tous vu pourrir années après années sur notre lagon . Leur démantèlement au frais de la communauté. Ces agissements de "profiteurs" nuisent fortement a l'image des voileux et là on est loin des retombées économiques locales de 400 000 fcp annoncées. C'est malheureusement ce gout amère qui reste dans la mémoire collective. 

Ma contribution ne se limitera qu'a ce constat factuel et laisse le sujet aux vrais maitres du sujet. 

Bien cordialement 

 

Marie Dubroeucq
mer 25/11/2020 - 18:44

Bonjour, 

Je m'y connais peu dans le monde de la voile, mais il m'apparait évident que ce que recherchent les plaisanciers c'est une certaine liberté de circulation. Or, ce qu'ils rencontrent à leur arrivée en Polynésie, ce sont des zones de mouillage saturées, un manque d'infrastructures remettant en cause leur volonté de rester sur le lieu d'ancrage, ainsi qu'une population s'opposant à leur présence, du fait de la multiplication des bateaux épaves, qui polluent le lagon et dont ils se garderaient de devoir participer à leur destruction. En parallèle, la date butoir à partir de laquelle ils doivent s'acquitter de la taxe d'importation (Papeetisation), a été écourtée à 24 mois de séjour, et s'élève désormais à hauteur de 7% de la valeur du navire contre 27% auparavant, les conditions relatives à la situation du propriétaire restant inchangée. D'un point de vue extérieur au milieu, on retrouve une contradiction entre les observations et la législation. Pourquoi baisser le montant des taxes alors même que l'on constate une insuffisance d'investissements pour créer de nouvelles infrastructures ? C'est un point qui mériterait d'être éclairci ... 

Par ailleurs, c'est sur ce point que repose l'entente entre les plaisanciers et la population locale. Le meilleur moyen pour faire accepter l'activité est d'entretenir un lien entre les activités nautiques et terrestres, cette reconnaissance passant par la participation de chacune des parties aux intérêts de l'autre. Pour cela, la construction d'infrastructures telles que des marinas et des centres de carénage seraient le meilleur moyen de favoriser l'acceptation. Cela ouvrirait des postes de mécaniciens, d'ouvriers etc pour la population locale et satisferait les besoins des plaisanciers. 

Mais cela nécessite des investissements financiers. Alors pourquoi ne pas instaurer un "cruising permite" ? Il aurait un double objectif. Le premier sera d'inscrire les plaisanciers dans une base de donnée, permettant de fournir des ressources à l'ISPF pour le calcul des retombées économiques de la plaisance, de visualiser leurs parcours pour cibler les archipels/îles dont la valorisation par les plaisanciers mérite le développement d'infrastructures. Puis, et ce point est non négligeable pour contribuer au premier aspect et donc favoriser la durabilité de l'activité, réclamer une taxe pout TOUT navire entrant, proportionnelle à la valeur du voilier/charter, somme qui sera réinvestie dans l'équipement destiné aux plaisanciers. 

Il me semble que ces points sont essentiels et amènent à développer les aspects juridiques autour de la navigation, à entamer une réflexion sur le potentiel de développement, et à termes, si les axes sont correctement développés, contribueront à l'amélioration de la communication.